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Métaphysique - Page 6

  • René Guénon : « Les étapes de l’action antitraditionnelle »

    410142978.pngAprès les considérations que nous avons exposées et les exemples que nous avons donnés jusqu’ici, on pourra mieux comprendre en quoi consistent exactement, d’une façon générale, les étapes de l’action antitraditionnelle qui a véritablement « fait » le monde moderne comme tel ; mais, avant tout, il faut bien se rendre compte que, toute action effective supposant nécessairement des agents, celle-là ne peut, pas plus qu’une autre, être une sorte de production spontanée et « fortuite », et que, s’exerçant spécialement dans le domaine humain, elle doit forcément impliquer l’intervention d’agents humains. Le fait que cette action concorde avec les caractères propres de la période cyclique où elle s’est produite explique qu’elle ait été possible et qu’elle ait réussi, mais il ne suffit pas à expliquer la façon dont elle a été réalisée et n’indique pas les moyens qui ont été mis en œuvre pour y parvenir. Du reste, il suffit, pour s’en convaincre, de réfléchir quelque peu à ceci : les influences spirituelles elles-mêmes, dans toute organisation traditionnelle, agissent toujours par l’intermédiaire d’êtres humains, qui sont les représentants autorisés de la tradition, bien que celle-ci soit réellement « supra-humaine » dans son essence ; à plus forte raison doit-il en être de même dans un cas où n’entrent en jeu que des influences psychiques, et même de l’ordre le plus inférieur, c’est-à-dire tout le contraire d’un pouvoir transcendant par rapport à notre monde, sans compter que le caractère de « contrefaçon » qui se manifeste partout dans ce domaine, et sur lequel nous aurons encore à revenir, exige encore plus rigoureusement qu’il en soit ainsi. D’autre part, comme l’initiation, sous quelque forme qu’elle se présente, est ce qui incarne véritablement l’« esprit » d’une tradition, et aussi ce qui permet la réalisation effective des états « supra-humains », il est évident que c’est à elle que doit s’opposer le plus directement (dans la mesure toutefois ou une telle opposition est concevable) ce dont il s’agit ici, et qui tend au contraire, par tous les moyens, à entraîner les hommes vers l’« infra-humain » ; aussi le terme de « contre-initiation » est-il celui qui convient le mieux pour désigner ce à quoi se rattachent, dans leur ensemble et à des degrés divers (car, comme dans l’initiation encore, il y a forcément là des degrés), les agents humains par lesquels s’accomplit l’action antitraditionnelle; et ce n’est pas là une simple dénomination conventionnelle employée pour parler plus commodément de ce qui n’a vraiment aucun nom, mais bien une expression qui correspond aussi exactement que possible à des réalités très précises.

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  • Guido De Giorgio : “Mercuriales Viri” : Art et Tradition

    GuidoDiGiorgio.jpg

    Le monde occidental actuel semble avoir oublié jusqu'aux grandes lignes les plus évidentes d'une véritable organisation traditionnelle, confondant sous l'effet d'une étrange incompétence les valeurs les plus pures de l'esprit avec les expressions hybrides d'une sentimentalité doucement déviatrice qui s'alimente exclusivement à ce qui est extérieur et profane. Nous entendons par extériorité ce qui se rapporte à l'individu comme tel, centre psychologique d'où s'irradie une activité qui est une véritable aberration par rapport à la vérité ; laquelle est au-dessus et au-delà de l'individu, dans une sphère de pure et radicale intériorité, où l'individualité est entièrement neutralisée et dissoute, comparable à la lumière incolore, alors que l'individu est clignotement, éclair chromatiquement indéterminé.

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  • Julius Evola : « L'action sans désir. La loi causale »

    julius evolaIl faut maintenant porter notre attention sur un aspect particulier de l'attitude que nous examinons ici, aspect qui peut s'appliquer à un domaine plus large et qui n'est pas nécessairement exceptionnel : le domaine de la vie active, entendu comme celui des œuvres, des activités et des réalisations dont l'individu prend délibérément l'initiative. Il ne s'agit plus ici de la simple expérience vécue, mais de processus ordonnées en vue d'une fin. La conformation de notre type d'homme, telle que nous l'avons décrite, doit aboutir, dans ce domaine, à une orientation dont le monde de la Tradition avait déjà résumé l'essence dans deux maximes fondamentales. La première de ces maximes dit qu'il faut agir sans avoir égard aux fruits, sans tenir pour déterminantes les perspectives de succès ou d'insuccès, de victoire ou de défaite, de gain ou de perte, non plus que celles de plaisir ou de douleur, d'approbation ou de désapprobation d'autrui.

    On a appelé aussi cette force d'action, l' « action sans désir », et la dimension supérieure, dont on suppose la présence en soi, s'y affirme dans la capacité d'agir avec une application, non pas moindre, mais au contraire plus grande que celle dont peut faire preuve un type d'homme différent dans les formes ordinaires de l'action conditionnée. On peut encore parler ici de « faire ce qui doit être fait », de façon impersonnelle. La coexistence des deux principes, qui est nécessaire pour cela, apparaît encore plus nettement dans la seconde des deux maximes traditionnelles dont nous venons de parler : « agir sans agir ». C'est une manière paradoxale, extrême-orientale, d'indiquer une forme d'action qui n’entraîne ni ne « meut » le principe supérieur, l' « être » en soi, qui reste pourtant le vrai sujet de l'action, celui à qui elle doit sa force motrice primaire et qui la soutient et la guide du début à la fin.

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  • Guido De Giorgio : « Quand les tours s’effondrent »

    GuidoDiGiorgio.jpgLe Vieux de la Montagne se réveilla : il regarda la plaine et la fièvre de la plaine, parcourant des yeux tours et pinacles, traça sur la terre sèche un signe étrange, et parla ainsi dans la nuit :

    Comme une fausse trêve dans une fausse nuit, ainsi dans cette longue agonie séculaire les constructeurs de tours font des nids au vent de leur bêtise : mais à chaque souffle de tourmente nouvelle, les tours s’écroulent. Les tours s’effondrent, ô constructeurs de tours.

    Depuis des siècles vous tissez la tromperie, votre tromperie, ô constructeurs de tours ; et les siècles vous dévorent ; au fond des siècles en vérité, dans l’invisible désert qui se déroule parallèlement à votre cheminement corrompu et titubant, il y a l’éternité, constructeurs de tours, ô constructeurs de tours.

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  • Julius Evola : « Hiérarchie traditionnelle et humanisme moderne »

    julius evola,hiérarchie,humanisme,monde moderne,initiationPour comprendre l'esprit « traditionnel » et ce que le monde moderne a échafaudé pour le nier, il faut se rapporter à un enseignement fondamental : celui des deux natures.

    Comme il y a un ordre physique et un ordre métaphysique, il y a la nature mortelle et celle des immortels, la raison supérieure de l'« être » et celle inférieure du « devenir ». Partout où il y a eu « tradition » vraie, en Orient et en Occident, sous une forme ou sous une autre, cet enseignement a toujours existé.

    Ce n'est pas l'opposition de deux concepts, c'est celle de deux expériences, de deux modalités réelles de l'être. Ce qui est, aujourd'hui, difficile à comprendre, c'est que par « réalité » on ne connaît plus rien qui aille au-delà de ces concepts, même au-delà d'une partie de l'un d'eux : pour la plupart, de nos jours, réalité et monde des corps ne font qu'un.

    Ce qui est « physique » opposé à « métaphysique », ce qui devient et qui est mortel opposé à ce qui est stable et incorruptible, ne comprenait pas, traditionnellement, ce monde, mais, plus généralement, tout ce qui est « humain ». Comme le corps et les sens ─ générateurs de l'image matérielle du monde ─ les différentes facultés mentales, sentimentales et volontaires de l'homme étaient considérées comme parties intégrantes de la « nature » et, comme elle, privées d'être en soi, sujettes à la naissance et à la mort, à un destin de courte durée et de mutation. Elles appartenaient à l'« autre » par rapport à la spiritualité vraie, à l'état « métaphysique » de l'être et de la conscience. Par définition, l'ordre de « ce qui est » n'avait aucun contact avec les états et les conditions humaines.

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  • Julius Evola : Parenthèse sur les drogues

    julius-evola.jpgOn peut comprendre que cette voie conduise au-delà de la musique et de la danse, vers un domaine bien plus vaste et problématique, qui embrasse beaucoup d'autres moyens, de plus en plus largement employés par les nouvelles générations. Quand la beat generation nord-américaine à laquelle nous avons déjà fait allusion et qui a de nombreux équivalents sur notre continent, utilise tout ensemble l'alcool, l'orgasme sexuel et les stupéfiants comme autant d'ingrédients essentiels à sa conception de la vie, elle associe de façon commun ─ celui que nous venons d'indiquer ─ et qui par ailleurs, quoique séparément et dans un contexte moins extrémiste, sont largement répandues à notre époque, avec le régime des succédanés et des compensations qui est propre à cette dernière.

    Il ne convient pas de s'attarder trop longtemps, ici, à l'étude de cette question. En dehors de ce que nous dirons au chapitre suivant sur le sexe, nous nous limiterons, pour préciser l'allusion que nous venons de faire à des « réponses actives », à quelques considérations sur les moyens qui, parmi tous ceux qu'on utilise dans certains secteurs du monde contemporain, ont le plus manifestement pour but une évasion ou une compensation extatique, à savoir les drogues et les stupéfiants.

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  • Julius Evola : Volonté d'aller de l'avant

    julius_evola_by_anton_giulio_bragaglia.pngQuiconque sait exactement en quoi consiste l'esprit occidental et veut tout mettre en œuvre pour le préserver tel quel, vivant, sans mélanges et sans altérations voit aujourd'hui s'avancer de pair avec le matérialisme, un danger nouveau et plus subtil : le danger spiritualiste.

    Jamais au cours de son histoire, il n'a été aussi difficile qu'aujourd'hui pour l'Occident de s'engager dans une direction qui soit vraiment conforme à sa tradition : et ceci en raison d'un singulier dilemme dans lequel il s'est lui-même enfermé.

    Que voyons-nous, aujourd'hui, en Occident ? D'une part, un monde d'affirmation, d'individualité et de réalisation sous le signe d'une vision objective (la science) et d'une action précise (la technique) mais ce monde est privé de lumière : sa loi est celle de la fièvre et de l'agitation ; sa limite, c'est la matière, la voix de la matière, la pensée abstraite appliquée à la matière. Et, d'autre part, on voit renaître un besoin de quelque chose de supérieur, d'un « autre chose » mais un tel besoin ignore aussi bien la loi de l'affirmation que la valeur de l'individualité et de la réalité et débouche sur les formes équivoques et mystiques soit d'un universalisme abstrait, soit d'une religiosité dévoyée. De telle sorte que là où l'Occident affirme le principe actif, guerrier et réaliste qui caractérise la tradition qui est la sienne, tout esprit en est absent, tandis que là où se manifestent des velléités spirituelles, le principe même de l'Occident fait totalement défaut, laissant la place à quelque chose qui lui est diamétralement opposé : c'est à ce moment-là que descendent les brouillards du néo-spiritualisme dont l'évasionnisme esthético-orientalisant, moralisant et humanitaro-bouddhiste est, telle une nouvelle barbarie exotique, l'exacte antithèse de l'esprit viril occidental.

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